Créer une mare naturelle dans son jardin : la méthode

Une mare naturelle se creuse en paliers, s’étanchéifie avec une bâche EPDM ou de l’argile, puis se remplit d’eau de pluie. Ni pompe, ni filtre, ni poisson : l’équilibre s’installe seul en une à deux saisons, et le jardin gagne des libellules, des grenouilles et des oiseaux qui travaillent pour votre potager.
Deux à cinq mètres carrés y suffisent. Les mares de campagne ont largement disparu du paysage agricole au cours du siècle dernier, et les jardins privés servent désormais de relais aux amphibiens et aux insectes aquatiques. Voici la méthode, du choix de l’emplacement au premier hiver.
Ce qu’une mare sans poisson change au potager
Le point d’eau attire en quelques semaines la faune que le potager réclame : des larves qui chassent sous la surface, des amphibiens qui patrouillent la nuit vers les planches de salade, des oiseaux qui repartent avec des chenilles.
Les auxiliaires qui s’installent seuls
- Libellules et demoiselles pondent parfois dès la première saison ; leurs larves passent des mois sous l’eau à dévorer d’autres larves, dont celles des moustiques.
- Grenouilles et crapauds chassent limaces et petits insectes à la tombée du jour, à quelques mètres de la berge.
- Les tritons colonisent les mares sans poisson, seul milieu où leurs pontes survivent.
- Hérissons, mésanges et abeilles viennent boire, surtout pendant les vagues de chaleur ; carabes et araignées de berge profitent de la bordure humide.
Cette population régule sans supprimer, et reste tant que le gîte tient. Un paillage adapté entre les rangs prolonge l’effet, ces auxiliaires circulant à couvert jusqu’aux cultures.
Pourquoi ni pompe ni poisson
Poissons rouges, carpes et gardons mangent les œufs d’amphibiens, les larves d’insectes et le zooplancton. Résultat ? L’eau se trouble, les algues prolifèrent faute de brouteurs, et le bassin réclame un filtre. Une mare sans pompe repose sur la logique inverse : plantes immergées actives, faune variée, charge organique faible.
Choisir l’emplacement avant le premier coup de bêche
Le soleil d’abord : visez environ la moitié de la journée en lumière directe, de préférence le matin. Une exposition brûlante du matin au soir chauffe l’eau, nourrit les algues filamenteuses et fait chuter le niveau en été. Une ombre permanente, à l’inverse, prive les plantes immergées et ralentit toute la chaîne.
Les arbres ensuite. Éloignez la mare des feuillus caducs : les feuilles mortes s’accumulent au fond et enrichissent l’eau en se décomposant. Les racines de saule ou de peuplier déforment une bâche, et les feuilles de noyer ou de marronnier libèrent des substances mal supportées par la vie aquatique.
La pente enfin. Les bords doivent être rigoureusement de niveau : un centimètre d’écart et l’eau s’échappe par le point bas en laissant la bâche apparente. Sur terrain incliné, décaissez en amont, remblayez en aval, contrôlez à la règle et au niveau à bulle. Évitez la cuvette qui reçoit le ruissellement des allées et des cultures fertilisées : chaque orage y apporte nitrates et particules de terre. Repérez enfin les réseaux enterrés et placez la mare dans un angle visible depuis la terrasse : la moitié du plaisir consiste à l’observer. Un aménagement de jardin naturel déjà en place facilite ce repérage.
Creuser : trois paliers et une berge en pente douce
Une forme libre, en haricot, offre plus de berge qu’un cercle de même surface, et la berge reste la zone la plus riche. Tracez le contour au tuyau d’arrosage, vivez deux jours avec ce tracé, ajustez.
Trois paliers de profondeur structurent le profil :
- la zone de rive, du bord à une dizaine de centimètres sous l’eau, pour les plantes de berge et l’accès de la faune ;
- le palier marécageux, de vingt à quarante centimètres, qui accueille l’essentiel de la végétation ;
- la fosse centrale, soixante à quatre-vingts centimètres au minimum, refuge hors gel en hiver et zone fraîche en été.
Réservez au moins un tiers du pourtour à une berge en pente très douce : cette rampe sert de sortie aux hérissons, aux jeunes grenouilles et aux oiseaux. Creusez la fosse en premier, puis les paliers, assez larges pour poser un panier sans qu’il bascule. Prévoyez une tranchée d’ancrage tout autour du bord supérieur, où la bâche se coince avant de disparaître sous les pierres plates. Gardez la meilleure terre pour une butte sèche côté nord, abri hivernal des amphibiens, qui accueille très bien des plantes résistantes à la sécheresse.

Étanchéité : bâche EPDM, argile ou bassin préformé
| Solution | Points forts | Limites | Projet type |
|---|---|---|---|
| Bâche EPDM | souple, épouse tous les paliers, durable, réparable | pose à deux, géotextile obligatoire, matériau plus onéreux | forme libre, de quelques mètres carrés à plusieurs dizaines |
| Argile ou bentonite | naturelle, berges vivantes, aucune membrane | sols lourds seulement, compactage exigeant, fissures en cas d’assec | grand jardin argileux, esprit mare de ferme |
| Bassin préformé | pose rapide, profil déjà dessiné | volume limité, parois raides, contours figés | courette, très petit espace |
La bâche EPDM reste le choix par défaut au jardin. Dimensions à commander : longueur de la mare, plus deux fois la profondeur maximale, plus un demi-mètre de marge de chaque côté ; même calcul pour la largeur. Posez toujours un géotextile, ou à défaut un lit de sable tamisé, sur un fond débarrassé des cailloux et des racines coupantes. Déroulez la membrane par temps chaud, étalez les plis en larges rabats plutôt qu’en accordéon, et ne coupez l’excédent qu’une fois la mare remplie.
L’argile impose un autre chantier : vingt à trente centimètres de glaise compactée par couches, remontée sur les berges comprise. Elle vieillit remarquablement tant que la mare garde de l’eau toute l’année, mais un assèchement prolongé fissure la couche et la fuite devient difficile à localiser. Le préformé dépanne dans une courette : ajoutez des pierres plates en escalier et une branche inclinée, sinon les animaux tombés dedans n’en ressortent pas.
La mise en eau : la pluie plutôt que le robinet
Remplissez avec de l’eau de pluie stockée en cuve. L’eau du robinet apporte chlore et minéraux dissous, qui nourrissent les algues dès les premiers jours ; sans autre solution, remplissez tout de même, puis laissez reposer une semaine avant de planter. Écartez l’eau de piscine, d’adoucisseur ou d’un toit fraîchement traité.
Remplissez lentement, tuyau posé sur une pierre plate au fond : l’eau plaque la membrane contre les paliers, reprenez les plis à la main avant que le poids ne fige tout.
Ne transportez jamais d’eau, de vase, de pontes ni de têtards depuis une autre mare : ce geste déplace des maladies d’amphibiens et des végétaux indésirables. La colonisation se fait seule, portée par le vent, les oiseaux et les insectes.

Planter par étages, avec des espèces locales
Une mare se plante par ceintures, chaque espèce ayant sa profondeur de prédilection.
- Berge humide : iris des marais, salicaire commune, menthe aquatique, populage des marais, lysimaque nummulaire.
- Palier marécageux : véronique des ruisseaux, sagittaire, jonc des chaisiers, prêle d’eau, butome en ombelle.
- Surface : nénuphar rustique à faible développement, potamot nageant, petite morène.
- Immersion complète : cératophylle, callitriche, myriophylle en épi, potamots.
Les plantes oxygénantes immergées forment le moteur du système : elles captent les nutriments dissous, produisent de l’oxygène et abritent les larves. Plantez en paniers ajourés garnis de terre pauvre, jamais de terreau ni de compost, car un substrat riche relâche ses nutriments et déclenche les algues. Visez un tiers de la surface ombragée par les feuilles flottantes à maturité. Autour, une bande de bourrache et de fleurs comestibles attire les pollinisateurs.
Les plantes à ne jamais introduire
Plusieurs aquatiques ornementales échappent aux bassins et colonisent les milieux naturels. L’arrêté du 14 février 2018 relatif à la prévention de l’introduction et de la propagation des espèces végétales exotiques envahissantes sur le territoire métropolitain interdit notamment l’introduction dans le milieu naturel, la détention, le transport, la vente et l’achat de la jussie à grandes fleurs, de la jussie rampante, du myriophylle du Brésil, de la jacinthe d’eau, du grand lagarosiphon et de l’élodée à feuilles étroites. Choisissez des espèces locales produites en pépinière, et méfiez-vous du plant offert sans nom d’espèce.
L’équilibre sans filtration, saison après saison
Les premières semaines déroutent : l’eau verdit, parfois franchement. Ce voile de phytoplancton signale un milieu jeune, sans concurrence pour les micro-algues. Les plantes immergées s’installent, captent les nutriments, et l’eau s’éclaircit d’elle-même. Ne videz rien, n’ajoutez aucun produit antialgues.
Le moustique inquiète souvent le voisinage. Une mare vivante héberge ses prédateurs, larves de libellule, notonectes, dytiques et tritons, qui traitent le problème à la source. Les vrais foyers du jardin sont ailleurs : soucoupes de pots, seaux oubliés, bâches mal tendues.
L’entretien tient en quatre rendez-vous :
- fin d’été ou début d’automne : retirez à l’épuisette l’excès de végétation et une partie de la vase, jamais plus d’un tiers, puis laissez les déchets sur la berge une journée, le temps que la faune regagne l’eau ;
- automne : tendez un filet à mailles fines pendant la chute des feuilles ;
- hiver : ne cassez jamais la glace, l’onde de choc blesse les animaux qui hivernent au fond ; posez une balle flottante ou une botte de paille ;
- printemps : laissez la mare tranquille pendant la période de ponte et complétez le niveau avec de l’eau de pluie.
Ce curage partiel remplace toute filtration. Une mare stabilisée réclame moins de temps qu’un massif de vivaces, de quoi séduire les adeptes du jardinage écolo.

Sécurité des enfants, voisinage et règles locales
Quelques centimètres d’eau suffisent pour un accident chez un tout-petit. Trois protections se combinent : une grille rigide immergée juste sous la surface, ancrée, invisible une fois la végétation installée ; une clôture basse à portillon tant que les enfants sont jeunes ; une surveillance constante, la seule barrière qui vaille. La berge en pente douce aide la faune, elle ne protège pas un enfant.
Côté règles, prudence avant le chantier. Une mare d’agrément de quelques mètres carrés, sans lien avec un cours d’eau, relève rarement d’une formalité, mais la réponse dépend de la surface, de la profondeur, du plan local d’urbanisme et du terrain : abords d’un monument, site classé, zone humide inventoriée, périmètre de captage. Ces seuils ne se devinent pas : appelez le service urbanisme de votre mairie et demandez une confirmation écrite. Deux principes valent partout : aucun raccordement à un fossé, à un ruisseau ou à un réseau d’eaux pluviales, et aucun prélèvement d’amphibiens dans la nature, ces espèces étant protégées. Prévoyez enfin une zone de surverse plantée côté aval : un débordement chez le voisin engage votre responsabilité.
Les erreurs qui condamnent une mare
- Des berges verticales sur tout le pourtour : la faune entre et ne ressort plus.
- Un fond garni de terreau ou de compost : eau verte assurée pendant des mois.
- Deux poissons rouges « pour faire joli » : les pontes disparaissent dès la première année.
- Un remplissage régulier au robinet : apport continu de calcaire et de nutriments.
Prochaine étape : creusez en automne, mettez en eau avec les pluies de fin d’année, plantez au printemps suivant. Les premières libellules repèrent la mare naturelle dans la saison, les amphibiens suivent dès l’année d’après.